Porneia delights, , e20100633 — La Porte des Mondes (The Gate of Worlds) est un roman écrit par le très prolifique Robert Silverberg et publié en 1967. Ce livre a été lu et cette revue est effectuée dans le cadre du challenge Winter Time Travel initié par Lhisbei sur le blog du Répertoire de la Science Fiction.
Synopsis
Dan Beauchamp à l'aube de ses dix-huit ans décide d'entamer le voyage
de sa vie : quitter New Istambul — qu'il appelle toujours
Londres —, l'Angleterre ainsi que son père ruiné, pour les
Hespérides. Sur le quai de Port Mustapha, et laissant derrière lui la
vieille Europe oppressée par cinq siècles d'occupation turque, il
embarque sur le Xochitl, fleuron de la puissance maritime
aztèque, en direction du Mexique, grande puissance mondiale, devant la
Russie et le Japon. Mais qu'est-ce qui peut bien pousser un jeune
anglais vers les terres des maîtres du monde ? L'aventure bien sûr,
mais surtout la fortune et, pourquoi pas, le pouvoir.
La suprématie de Quetzalcoatl
Spoiler Alert! ¦ Attention cette partie révèle des moments clefs de l'histoire. Passez votre chemin si vous ne souhaitez pas que certains détails vous en soient révélés ¦ Spoiler Alert!
Robert Silverberg nous présente ici une uchronie tout à fait intéressante. Et si en 1348 la Peste Noire n'avait pas tué un quart des européens mais les trois quarts de la population ? Depuis l'Angleterre jusqu'à la Pologne, transformant ainsi l'Europe en un vaste cimetière. Elle aurait « reçu là un coup fatal. Sur quatre habitants, un seul survivant. »
La première conséquence est que presque totalement détruite et très affaiblie, elle ne peut alors rien contre les velléités de conquêtes des Trucs moins d'un siècle plus tard. En 1420 ils prennent Constantinople. En 1440 ils sont à Vienne, en 1460 à Paris et en 1490 à Londres. Résultat, la langue officielle est le turc ; la religion, l'Islam. Shakespeare écrira bien, non pas en anglais mais dans la langue de Karamanoğlu Mehmet Bey. Il ne parlera pas de Richard III ou même du Roi Jean mais de divers sultans comme Osman le Grand ou Soliman le Magnifique.
La seconde conséquence est qu'Hernán Cortés ne débarquera jamais sur les terres fertiles de Quetzalcoatl. Pour cela il faudra attendre 1585 et Diogo Lobo. Lui et ses hommes débarquant sur les terres aztèques, ne tombent alors pas sur Moctezuma II, poète, rêveur et mystique croyant voir des dieux arrivant par la mer, comme cela aurait été le cas quelques cinquantes années plus tôt. Au lieu de cela ils tombent au contraire sur son descendant Moctezuma III, homme fort et violent, qui leur tranchera la tête, à peine le pied posé sur le sable. N'ayant alors personne pour les asservir, les Aztèques fort des récentes conquêtes des États voisins vont avoir tout le loisir de fortifier leurs civilisations. Faisant d'eux, presque cinq siècles plus tard la nation la plus forte au monde.
Avis et remarques
La Porte des Mondes est un livre qui se lit d'un trait. Les chapitres défilent à toute allure et on ne prend pas le temps de s'ennuyer. Nous avons là un véritable roman d'aventure épique. Il est vrai que certaines rebondissements sont faciles et attendus mais cela ne retire rien au plaisir de la lecture tant le rythme ne se relâche pas. Au menu divers rencontres bien sûr, des paysages incroyables, des villes somptueuses, une culture attrayante et enrichissante. Mais aussi des amis qui se séparent, des mauvais choix qui sont faits, des traversées du désert, des batailles et des blessures.
L'histoire nous est raconté à la première personne par Dan Beauchamp lui-même, ce qui a le don de rajouter un côté immersif à la narration. Tout en essayant de s'accrocher du mieux possible à la chronologie des évènements, il nous narre ses espoirs, ses envies, ses impressions et ses échecs aussi. Il tente de nous décrire ce monde incroyable si loin de son Angleterre natale et embrumée. Et il y arrive assez bien je dois dire, même si je regrette que certains passages n'aient pas été plus développé, comme par exemple l'arrivée à Tenochtitlan, la capitale, merveille d'architecture et de faste.
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Le livre est assez court — moins de deux cents pages — et tout à fait divertissant. Comme déjà dit, c'est surtout un roman d'aventure dans ce qui aurait pu être notre monde si une autre Porte avait été prise. Cela permet aussi de mettre en perspective le monde occidental tel que nous le connaissons, ainsi que la vision que nous pouvons en avoir. Un des aspects d'ailleurs est clairement exposé dès le début du roman : « S'il arrive que vous apparteniez à une race de seigneurs, essayez donc, envers ceux que vous opprimez, d'un peu de courtoisie. Vous aurez ainsi une chance de vivre plus longtemps. » Ainsi à plusieurs reprises au cours du roman, Dan Beauchamp nous rappelle le poid d'être né dans un pays opprimé par un quelconque envahisseur lui imposant de cette façon par la force sa langue ou encore sa culture. Mais les considérations philosophiques s'arrêtent là et nous replongeons bien vite dans les aventures trépidantes de ce jeune homme anglais. Une très bonne lecture de dimanche après-midi. Je lui donne la note de 4/5.
Challenge
Winter Time Travel.