Porneia delights

— Alors que le jour se fait plus court encore, nous amenant toujours plus vers le froid de l'hiver, vous vous apprêtez, peut-être, revêtu d'un costume de fantôme, à passer la soirée chez des amis, leur appartement drappé d'orange et de noir, pour regarder l'immortel Freddy Krueger (jpg, 40Ko) poursuivre Nancy Thompson dans ses rêves – devrions-nous dire ses cauchemars – tandis que vous vous empiffrerez de pop-corn et de bonbons.

Hallow Evening ; soir de tous les saints

Hallow Evening ; soir de tous les saints, fête originairement folklorique et païenne, disparue au Ve siècle puis réinstaurée au IXe siècle par le pape Grégoire IV (merci wikipedia). Ce soir où les enfants vont courir les rues, des idées de farces plein la tête, partant en quête de berlingots et autres sucreries. Ils se déguisent, sous l'oeil tendre des parents, en monstres terrifiants pour se mêler aux véritables monstres sortant justement cette nuit-là. Même les plus petits, à peine rassurés par les Mais-tu-sais-bien-que-ça-n'existe-pas-les-monstres-mon-chéri (jpg, 276Ko) maternelles, se joigneront à la fête ; et tous iront de par les rues pour tenter de repousser Ça jusqu'au fin fond de son égout...

Tout ceci est follement mignon, mais une question nous interpelle. D'où viennent donc tous ces montres, fantômes et loup-garous ? De contes et légendes ? Pourquoi pas. Mais les a-t-on vraiment juste inventés ? Ou bien prennent-ils appui sur du réel ? La réponse est très certainement pluri-factorielle. Nous aimons tout de même à croire que...

... il était une fois par une belle après-midi de printemps.

Hansel, passant par la forêt pour rejoindre Gretel, tombe, au détour d'un chemin, sur une jeune femme assise au rebord d'une pierre et qui n'a vraiment pas l'air dans son assiette. Se sentant d'humeur chevaleresque, il s'exclame alors :

Verdammt ! (sacrebleu dans la langue de Fichte) Je m'en vais quérir quelques nouvelles de cette demoiselle en perdition (non ne nous demandez pas de traduire ça en allemand...).

S'approchant, il lui demande si elle a besoin d'une main secourable. Elle se met ainsi à lui raconter, dans un patois régionnal germanique, qu'elle n'est pas vraiment vivante et que son corps est pourri à l'intérieur. Parfois, elle a même l'impression qu'elle est complètement vide « en n'dans », rajoute-elle.

Hansel fait alors sans s'en rendre compte un pas en arrière. À bien y regarder, il trouve qu'en effet cette jeune personne n'a pas l'air tout à fait normale, qu'elle a même l'air plutôt décharnée ; elle est très maigre, très pâle et son odeur est proche de celui d'un évier mal débouché, sans parler de l'état de ses dents. Et puis son regard...

Prenant peur, il fuit alors raconter à qui veut l'entendre qu'il a effectivement rencontrer un mort-vivant.

On regrettera tout d'abord qu'Hansel n'ai pas eu quelques notions de sociologie. Il aurait su que, Gretel n'étant pas une référence, la grande majorité des jeunes filles de son époque ne connaissaient pas l'usage (ou du moins l'intérêt) de la brosse à dent d'une part, mais aussi qu'elles ne prenaient qu'un bain tous les trois ans dans la rivière du coin (s'il y en avait une) – cela donc explique la dentition et l'odeur. Pour le reste, on déplorera simplement qu'Hansel ai une absence totale des notions les plus élémentaires en matière de psychologie et de psychopathologies...

Plus sérieusement, voici une liste non exhaustive de quelques pathologies (assez) rares qui nous font penser à la thématique d'aujourd'hui. Notons que ce sont des analogies parfaitement subjectives et qui nous servent surtout à présenter des pathologies que l'on rencontre peu fréquemment. Souffrez en sus que nous ne vous fassions pas une description méthodique avec une bibliographie fouillée pour chacune d'entre elle mais simplement une présentation générale.

Mort-vivant

Jules Cotard, neurologue et psychiatre français, est à l'origine du syndrome hypocondriaque qui porte son nom. Il décrit en 1882 ces délires de négations qui « consistent en une négation de la personne physique ou morale (...) et parfois une négation du monde extérieur » (Lempérière, 2006, p. 63). Ces délires s'observent principalement lors de dépressions mélancoliques et ainsi, si thèmes délirants il y a, ils sont « généralement congruents à l'humeur : culpabilité, ruine, hypocondrie, conviction de mort des proches » (Guelfi & Rouillon, 2007, p. 261).

Les patients souffrant du syndrome de Cotard ont la conviction de ne plus avoir d'organes. Lors d'états dépressifs ils peuvent donc avoir l'impression que leurs organes internes ont pourris ou se sont transformés en pierre, voir ont carrément disparus – « ils n'ont plus de tête, plus d'intestins, plus de sang ; ils n'ont ni pensées, ni sentiments ». On retrouve alors l'idée, chez certains, d'immortalité car « puisqu'ils n'existent plus, ils ne peuvent pas mourir et ils vivront éternellement ». Ils sont comme des « mort-vivants », à cheval entre les deux mondes et pensent qu'ils resteront sous cette forme pour l'éternité (Lempérière, 2006, p. 64).

Ce syndrome, « qui est avant tout une variante des délires mélancoliques », se rencontre généralement chez des sujets agés, avec une majorité de femmes (ibid.). Bien qu'il soit exceptionnel d'observer le syndrome de Cotard au complet, il est à prendre très au sérieux et doit être pris en charge rapidement. En effet, le pronostic vital est engagé étant donné que d'une part les patients ne se nourrissent généralement plus et que, d'autre part, ils ont l'impression de ne pouvoir être soigné. Cependant, pris à temps, la guérison se fait en quelques mois à l'aide tout d'abord d'un suivi psychiatrique adéquat (association de neuroleptiques et d'antidépresseurs) mais aussi d'un suivi psychothérapeutique soutenu pour traiter cet accès mélancolique souvent accompagné de thèmes de culpabilité.

Fantôme

Dans les troubles dissociatifs (dit identitaires) et les troubles somatomorphes (dit somatoformes) on trouve la dépersonnalisation qui est une « perte temporaire ou un changement dans le sens inhabituel de notre propre réalité » (Nevid, 2009, p. 152).

Selon le DSM-IV-TR[1] les troubles de dépersonnalisation sont des épisodes « prolongé ou récurrent de détachement de son propre fonctionnement mental ou de son propre corps, l'appréciation de la réalité [extérieure] demeurant intacte » (APA[2], 2004, p. 599). Sont souvent associés aux troubles de dépersonnalisation des symptômes anxieux ou dépressifs, des ruminations obsédantes, des préoccupations somatiques ainsi qu'une altération de la perception du temps.

Le sujet souffre parfois d'un manque de réaction affective ainsi que d'un sentiment de perte de contrôle de ses actes. Il aura l'impression d'être devenu un observateur extérieur de ses propres mécanismes de pensée et à son propre corps, de se « déplacer comme dans un rêve » (Nevid, 2009, pp. 152-3). Comme l'on note aussi souvent dans ce trouble des anesthésies sensitives, certains sujets diront finalement qu'ils ont l'impression d'être des fantômes.

L'évolution de ce trouble est généralement chronique et la difficulté de prise en charge vient du fait que les personnes atteintes ne consultent habituellement pas directement pour ce trouble. Ils recherchent plutôt un traitement contre l'anxiété ou la dépression ; la dépersonnalisation étant mise en exergue par le praticien suite aux différents entretiens.

Vampire

Le vampirisme clinique consiste en l'ingestion pathologique de sang. Ce « fétichisme sanguin » se développerai principalement durant l'enfance quand l'enfant découvre le goût de son sang comme étant agréable. À l'adolescence, « ces sensations de plaisirs s'associerai avec l'activité sexuelle, habituellement la masturbation »[3], l'ingestion de sang entraînant donc par la suite une satisfaction auto-érotique. À un stade plus élevé, le sujet éprouverai le désir de boire le sang d'autres personnes que lui-même, ce qui est, nous dit Richard Noll, le vrai vampirisme clinique (Noll, 2007, p. 366).

C'est ainsi qu'au début des années 1990 il va proposer, et en clin d'oeil à Bram Stoker, d'élargir la notion de vampirisme clinique au syndrome de Renfield pour prendre en compte le processus préliminaire à cette pathologie. Ce syndrome fait débat au sein de la communauté médicale dû au fait de la rareté des cas cliniques positivement rapportés. Cependant le psychiatre Léonard George explique qu'il « existe [effectivement] des pathologies qui poussent certains individus à développer une attirance compulsive pour le sang humain »[4]. Il ajoutera même que « ce syndrome dans sa phase la plus avancée peut conduire un individu à commettre des crimes en série » dans le but de satisfaire sa pulsion. Le cas de John George Haigh ` étant selon lui « le plus connu de ce type de criminels apparemment atteints de ce syndrome, de cette pathologie de vampirisme » (Bilger, 2002, p. 64).

Noll (1992) élabore donc quatre phases pour décrire le syndrome de Renfield et qui sont explicitées sur wikipedia. Nous nous permettons de les reprendre ici :

Le premier stade survient généralement durant l'enfance. À la suite d'un incident mineur avec blessure(s), l'enfant découvre qu'il peut être excitant de boire du sang, le sien.

Cela peut mener au second stade qui est l'auto-vampirisme. C'est le plaisir qu'éprouve un individu à boire son propre sang.

Il y a aussi le troisième stade qu'on appelle la zoophagie. Il s'agit de la consommation d'animaux, non-humain, pour boire leur sang. Les vampires zoophagiques recherchent particulièrement les animaux de compagnie tel le chat et le chien.

Le stade le plus avancé est le vampirisme clinique où l'on boit le sang d'autres humains. Certaines personnes qui ont atteint ce stade s'infiltrent dans les hôpitaux pour voler le sang entreposé dans les banques de sang. Ce phénomène pourrait être impliqué chez plusieurs meurtriers en série.

Nous remarquerons que la plupart des cas relèvent de l'auto-vampirisme et de la zoophagie.

Loup-garou

La zoanthropie est le terme utilisé pour parler de cette monomanie dans laquelle des personnes pensent être métamorphosées en animal – le plus souvent le chien, le chat ou encore le loup. Elles en imitent généralement les postures, les gestes, mais aussi les cris.

Un cas de zoanthropie bien connu est celui de Nabuchodonosor, roi d'Assyrie, qui, parcourant et s'extasiant dans les jardins de la Babylone qui était sienne, s'exclama : « N'est-ce pas ici Babylone la grande, que j'ai bâtie, comme résidence royale, par la puissance de ma force et pour la gloire de ma magnificence ? » Ces paroles firent offenses aux Cieux. Une voix divine traversa alors les nuages, grondante, et lui promis non seulement sa perte mais aussi qu'il serait réduit à manger de l'herbe. Dans l'heure qui suivi il tomba si malade que son esprit en fût grandement altéré. À tel point qu'il fini par se prendre pour un boeuf (si, si). Et cela dura sept années ; jusqu'à ce que la voix divine, clémente, lui accorda son pardon et lui rendit ses esprits (Daniel 4 :28 (OWI, les références bibliques cay kewl)).

Mais revenons-en au sujet initial. Si l'on parcours le Volume 9 du très modeste ouvrage la Bibliothèque du médecin-praticien ou Résumé général de tous les ouvrages de clinique médicale et chirurgicale, de toutes les monographies, de tous les mémoires de médecine et de chirurgie pratique, anciens et modernes, publiés en France et à l'étranger nous y apprennons que les deux principales variétés de la zoanthropie sont la lycanthropie (homme-loup) et la cynanthropie (homme-chien) (Fabre, 1849, p. 386) et qui a pour caractère dominant « des idées singulières et des aberrations de la sensibilité » (ibid., pp. 525-6). Ainsi les lycanthropes sont surpris en pleine campagne allant nus et marchant sur leurs mains et sur leurs genoux, aboyant pour certains. Ils sont en chasse de quelques gibiers, dont des êtres humains, comme le rapporte, entre autres, des comptes rendus de Grands Juges du XVIe siècle dans le Jura[5].

La lycanthropie ou folie louvière a « longtemps fait partie du tableau clinique de la mélancolie (...) [où l'on observe] le retour de l'état de culture à l'état de nature, la régression de l'état de domesticité à la bestialité » (Durot-Boucé, 2008, p. 129). Si l'on suit cependant les classifications statistiques psychiatriques actuelles, cela s'inscrirait plutôt dorénavant dans le cadre des paraphrénies dont « le mode de début s'effectue par un accès psychotique aigu, de survenue soit brutale, soit insidieuse et progressive ». Appelées en leurs temps « délires d'imagination » par Dupré et Logre au début du XXe siècle, l' « état délirant [est notamment] caractérisé par des thèmes appartenant au registre fantastique (...) [et] des mécanismes imaginatifs, des pensées magiques (...) » (Gasman & Allilaire, 2009, p. 321).

Enfin, nous voudrions rajouter, et bien que cela ne soit pas du domaine de la psychopathologie et qu'aucun lien n'ai jamais été fait à notre connaissance entre les deux, que quand on dit loup-garou cela nous évoque le syndrome de Meyer-Schwickerath et Weyers, autrement nommé syndrome de Gorlin (et proche du syndrome de Fraser, pour ceux à qui cela parlerai plus).

Gerhard Rudolph Edmund Meyer-Schwickerath (n'est-ce pas) et Helmut Weyers étaient tous deux médecins allemands – le premier ophtalmologiste et le second pédiatre. Ils sont à l'origine de ce syndrome portant leurs noms, très rare (non pas leurs patronimes, mais le syndrome... quoique) et qui est caractérisé par des anormalités oculaires, un dysmorphisme cranofacial ainsi que des imperfections au niveau du squelette. De plus la dentition est des plus particulières car on y trouve souvent une hypoplasie de l'émail et une anondontie partielle ; ce qui peut faire un parallèle avec des crocs. Au niveau des mains et des pieds, cela se traduit par des malformations incluant une camptodactylie et une clinodactylie – quelquefois même une syndactylie. Autrement dit, les doigts de pieds et des mains se transforment en se recourbant pour ce qui fait parfois penser à des griffes (ce qui est surtout impressionnant à voir au niveau des pieds)...

Si halloween vous évoque quelques pathologies méconnues et ne figurant pas ici, n'hésitez pas à les faire partager, nous nous ferons un plaisir de les rajouter à cette liste.

Dans tous les cas, profitez-en ce soir pour, comme le disait Jim Morrisson, « vous exposez à vos peurs les plus profondes ; après cela, la peur ne pourra plus vous atteindre »...

Bibliographie et références

Autres références pour aller plus loin.

Notes de bas de page.

  1. DSM est la contraction de Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders traduit en français par Manuel Diagnostique et Statistique des Troubles Mentaux ; ici version 4 texte révisé.
  2. American Psychiatric Association.
  3. « (...) these pleasurable feelings become associated with sexual activities, usually masturbation. »
  4. Ce qui est avancé par l'agent Dana Scully sous le nom d'hémato-dipsomanie (hematodipsia en anglais) pour expliquer la mort d'un touriste à Chaney, dans le New-Jersey, après qu'il eût été retrouvé vidé d'une partie de son sang, des traces de crocs sur la carotide (« Le Shérif a les dents longues », X-Files, saison 5 épisode 12, 1998). Il est à noter que la dipsomanie définie l'impulsion à boire des liquides alcooliques en fortes doses et par accès.
  5. Bien sûr ici nous pensons en particuliers au très connu Henri Boguet, juge de la terre de Saint-Claude dans le Jura puis conseiller au parlement de Dole, qui a instruit nombres de procès pour sorcellerie et notamment lycanthropie. On pourra lire à ce propos son ouvrage Discours exécrable des sorciers publié en 1602 à Lyon qui se présente comme « un manuel à l'usage des juges ayant à instruire des procès de sorcellerie » (Pernot, 2003, p. 173).

Cet article a été relu et augmenté au cours du mois de septembre 2011.

Vous pouvez envoyer par mail vos commentaires et vos remarques à shrinkblot[at]therapist[dot]net.

Contrat
Creative Commons
Psychalloween ou De la psychopathologie dans Halloween ? (3085 mots) de Shrinkblot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas de travaux dérivés 3.0 (CC BY-ND 3.0).

Vulnerant omnes, ultima necat. Sic transit hominis regnum.
Copyleft © 2010 — Shrinkblot